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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

La légende de la mort Tome 1

La légende de la mort Tome 1

Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à dire que les histoires les plus connues sont celles de Spiderman, Sangoku ou Tarzan. Même les contes du Petit Chaperon Rouge ou de La Belle au bois dormant semblent ringards. Pourtant autrefois, bien avant l'uniformisation culturelle, chaque région avait ses légendes locales. Aujourd'hui, nous allons découvrir dans cet album quelques unes de la Bretagne.

Dans la première aventure, nous faisons la connaissance de Marie Job Kerguennou. Cette vieille dame est commissionnaire. Chaque jeudi, elle parcourt de nombreuses kilomètres pour se rendre au marché de Lannion et rapporter sur son chariot un tas de provisions à son village qui ne peut être accessible qu'à marée basse.

La tâche est rude et ingrate. Sans mari ni enfant, Marie Job n'a pour famille que son vieux cheval Mogis. Par un jour de grand froid, elle refuse d'abord de partir afin de ménager sa bête. Mais, devant l'insistance des villageois qui comptent tous sur elle alors qu'ils la prétendent un peu sorcière, elle accepte finalement de prendre la route.

C'est pour elle et sa monture un vrai périple. Pourtant, elle ne se plaint pas. Sur le chemin du retour pendant la nuit, elle fait la rencontre d'un vieil homme, le prend généreusement dans son chariot et le conduit jusqu'au cimetière de son village. Une fois arrivé à destination, l'individu lui fait une révélation.

Il s'appelle Mathias Carvennec et est originaire du coin même si il a fait sa vie ailleurs. Ancien soldat de Napoléon pendant sa jeunesse, il a promit à son ami mort au combat qu'il l'enterrerait sur ses terres natales. Malheureusement, il n'a pu honorer son serment de son vivant. Dieu l'a donc ressuscité voilà déjà 15 ans afin qu'il s'acquitte enfin de cette tâche. C'est donc en quelque sorte un fantôme qui ne peut voyager que la nuit et qui ne possède aucun pouvoir.

Mathias dit à Marie Job qu'il lui aurait fallu encore une année de marche sans son aide vu sa lenteur et lui affirme qu'elle sera récompensée. Après cette longue nuit, la vieille femme regagne enfin sa maison pour se coucher. Mais elle ne se relèvera plus, découverte morte le lendemain ainsi que son cheval. Puisse t-elle au moins aspirer enfin au repos éternel après sa dure vie de labeur.

Le second récit s'intitule Le linceuil de Marie Jeanne. Là encore, il traite d'une vieille dame solitaire. Celle ci s'appelle Marie Jeanne Hélary et passe ses journées à tisser du linge. Quelques jours après sa mort, elle est retrouvée chez elle par ses voisins Gonery et Lena. Au départ plein de bonnes intentions, ce couple désire simplement la laver et lui rendre les derniers services dus aux défunts. Mais lorsqu'il découvre le contenu de son armoire, son attitude change.

A cette époque, les draps coûtent très cher. A force de tisser sans cesse, Marie Jeanne a crée une véritable petite fortune. Et comme elle n'a pas d'enfant, celle ci va entièrement revenir à l'Etat. Gonery et Lena hésitent donc peu avant de se servir incognito. Dans un sens, on les comprend et les excuse volontiers. Mais comme le dit le curé du coin « S'il est mauvais de voler les vivants, il est odieux de voler les morts. »

Justement, quelques jours plus tard, Gonery et Lena s'aperçoivent que leur maison est hantée, vraissemblablement par le fantôme de leur vieille voisine. Bon gré mal gré, ils décident d'avouer leur forfait au prêtre et de lui demander son aide car leur tranquillité s'avère plus importante que l'argent.

Finalement, Lena dépose tous les draps sur la tombe de Marie Jeanne. Ceux ci s'envolent l'un après l'autre. Puis le cercueil s'ouvre et la vieille femme, brièvement ressuscitée, accorde son pardon après avoir récupéré un linceuil pour elle. Le reste était réservé depuis longtemps...aux anges.

Enfin, passons à la dernière histoire. Un soir de veillée, un maître de ferme propose à ses domestiques un écu de six lurs (monnaie bretonne) si ils passent la nuit dans un charnier afin de tester leur courage. Tous refusent mais une petite fille baptisée Monik se porte volontaire. Elle se rend donc à la crypte et, malgré un sommeil agité, remporte la mise qu'elle offre au prêtre en lui demandant de dire une messe pour le mort qui en a le plus besoin.

Quelques jours plus tard, un vieil homme lui demande de remettre un mot au manoir de Kersaliou. Serviable, elle accepte. Après réception et lecture, le propriétaire des lieux lui montre tout un tas de tableaux qui représentent sa lignée. Finalement, Monik reconnaît parmi eux celui qui lui a donné la lettre. Kermaliou explique qu'il s'agit de son ancêtre mort il y a 300 ans. Depuis cette époque, il gisait au purgatoire et en a enfin été tiré grace à l'offrande de la petite fille. En récompense, celle ci se voit alors nommée servante du seigneur actuel, lui permettant d'échapper à la misère et d'être toute son existence bien traitée.

Vous vous en rendez compte surement, les scénarios de ces trois récits indépendants ne sont pas incroyables. Toutefois, ils sont assez touchants. On constate que le fantastique se marie très bien avec le catholicisme, ce qui peut sembler étonnant. Il n'y a aucun méchant. Chaque fantôme aspire uniquement au repos, ce qui laisse sous entendre à quel point la vie était pénible autrefois.

L'auteur Christophe Babonneau cherche surtout à reconstituer la vie des Bretons au 19eme siècle. Et pour le coup, c'est réussi. L'ambiance est très rurale et parfois austère. Les personnages sont très humains à travers leurs qualités et leurs défauts, ce qui les rend très crédibles. Ils peuvent commettre des erreurs mais savent les réparer et s'entre aider. De plus, ils mènent tous des vies difficiles avec peu d'argent et de moyens. On est à des années lumières du confort de notre monde moderne. Pourtant, c'était il y a guère plus de cent ans.

Le dessin s'avère joli et la mise en scène très plaisante et efficace. Puisque chaque histoire ne fait que 16 pages en général, il faut savoir aller à l'essentiel et en dire beaucoup en quelques cases. Cependant, l'artiste ne bacle jamais son travail et prend même le temps de produire plusieurs longs cartouches avec un style très littéraire.

Bien entendu, La légende de la mort n'est pas la série de l'année. Mais elle a le mérite d'exister. C'est une œuvre patrimoniale qui nous permet de redécouvrir de vieilles histoires aujourd'hui souvent oubliées qui ne contiennent aucune violence et qui sont désormais des témoins d'une époque révolue. A méditer.

Note : 7/10

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