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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

Les Chemins de Malefosse Tome 1 : Le diable noir

Les Chemins de Malefosse Tome 1 : Le diable noir

Certains prétendent qu'il n'y a rien de pire que les guerres civiles. Elles confrontent souvent des individus qui ont des idéaux différents alors qu'ils devraient normalement très bien s'entendre et sont pour la plupart très sanglantes. Les plus connues sont probablement les guerres de religion qui ont notamment divisé la France pendant des décennies au 16eme siècle. Daniel Bardet (scénariste) et François Dermaut (dessinateur) ont décidé de traiter cette période dans une bande dessinée historique. C'est ainsi qu'est née la série Les Chemins de Malefosse en 1983.

L'histoire commence en 1589. Quelques cavaliers protestants menés par un certain Gunther sillonnent la campagne près de Gisors en Normandie à la recherche de quelqu'un capable de soigner l'un d'entre eux blessé. Finalement, ils débusquent une petite communauté cachée dans la forêt et dirigée par une étrange femme nommée Jeanne.

Parce qu'elle connaît bon nombre de plantes médicinales, Jeanne a été accusé d'être une sorcière par le moine Jean Louvel. Ce jacobin fanatique lui a crevé les yeux. Complètement aveugle mais toujours très adroite pour autant, cette pauvre femme est recherchée avec insistance par son bourreau qui tient en ce moment sa fille Pernette.

Un marché est vite conclut. En échange des soins prodigués à son compagnon Hunsecker, Gunther promet à Jeanne de lui ramener sa fille vivante et en bonne santé. Dès le lendemain, il part à sa recherche et, guidé par un homme appelé Balavais, la trouve rapidement dans un petit village tenu par le seigneur Robert le Borgne.

Il faut savoir qu'à cette époque, la Ligue catholique tient Paris et les principales villes de France. Elle traque sans merci le roi Henri III, qui s'est allié au roi Henri de Navarre (futur Henri IV), et sème la terreur dans les campagnes. Ainsi, en voulant rendre service à Jeanne, Gunther effectue d'une pierre deux coups puisque Le Borgne et Louvel appartiennent au camp opposé au sien.

Attention toutefois, nous n'avons pas ici droit à un brave chevalier servant sans peur et sans reproche. En réalité, Gunther et ses compagnons d'armes sont des mercenaires allemand. C'est donc principalement l'argent qui motive leurs actions. Cependant, il faut reconnaître en notre homme une certaine droiture qui suffit à faire de lui un héros, du moins dans ce premier tome.

On s'aperçoit vite que Les Chemins de Malefosse n'est pas très manichéen. Les bons personnages ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Par exemple, louche, lâche et benêt en apparence, Balavais s'avère finalement être un individu sur qui l'on peut compter. A contrario, Pernette ne ressemble guère à une pauvre victime sans défense et ne partage pas les convictions de sa mère. Elle n'hésite d'ailleurs pas à le clamer haut et fort.

D'une manière générale, on sent que l'époque est rude et les conditions de vie très difficiles. La petite communauté de Jeanne vit dans la précarité et la peur constante de se voir attaquée par des ligueurs. Pour autant, elle ne considère nullement les huguenots comme ses sauveurs. Comme semble le penser la femme aveugle, les uns ne valent guère mieux que les autres quand des intérêts politiques ou financiers sont en jeu, et non religieux.

Les auteurs mettent un point d'honneur à retranscrire l'Histoire du point de vue du peuple. Pour cela, ils s'efforcent de retranscrire le langage français du 16eme siècle. C'est ainsi que l'on rencontre de très nombreux mots anciens qui n'ont plus d'utilisation de nos jours tels que larronner, cliquaille, coquefredouille ou muscadin. Ce procédé apporte évidemment pas mal de réalisme à l'oeuvre meme si il rend du coup la lecture un peu moins fluide.

Le scénario de ce premier numéro demeure assez simple pour autant mais on peut légitimement espérer qu'il se complexifiera au fil du temps. Passons maintenant au dessin. Le style de François Dermaut est très beau et on sent que l'artiste s'applique beaucoup dans ce qu'il accomplit. Malheureusement, il faut reconnaître que certaines séquences nous paraissent un peu figées. Ca manque un peu de vie et de dynamisme. En même temps, le thème plutôt lugubre veut peut-être cela.

En conclusion, si cet album n'est pas parfait, il se révèle assez plaisant pour nous offrir un bon plaisir lors de sa lecture. Pour l'instant, nous n'avons probablement vu que la partie immergée de l'iceberg. On en saura d'avantage au prochain tome.

Note : 7/10

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