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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

La rafle

La rafle

La rafle du Vel d'Hiv est l'un des épisodes les plus honteux de l'histoire de France. En ce 16 juillet 1942, l'hexagone est devenu un complice du régime nazi en arrêtant soudainement des milliers de Juifs français. Un film était indispensable pour rendre hommage aux victimes. En 2009, soit près de 70 ans après les faits, Rosh Bosch s'en est enfin chargé en réalisant La rafle. Le voici.

Nous sommes en 1942. L'Allemagne toute puissante tient une bonne partie de l'Europe à sa merci. Déterminé à exterminer tous les Juifs sans exception, Adolf Hitler (Udo Schenk) demande à la France de lui en livrer 25 000. La tâche paraît odieuse. Pourtant Pierre Laval (Jean Michel Noirey), le maître du régime de Vichy, se fait une joie de l'accomplir et insiste même pour embarquer également les enfants.

La rafle a lieu le 16 juillet, soit deux jours seulement après la fête nationale. Qu'ils le veuillent ou non, les soldats de la milice française sont bien forcés d'opérer. En une nuit, pas moins de 13 000 Juifs sont kidnappés et entreposés au Vélodrome d'Hiver de Paris. Nous allons suivre le destin de quelques unes de ces familles afin de voir tout ce qui leur est arrivé.

Ancien combattant pendant la guerre de 1914-1918, Schmuel Weisman (Gad Elmaleh) ne comprend pas ce qui lui arrive. Comme beaucoup d'autres pères de famille, il a refusé de fuir en Amérique, pensant que sa nationalité française le protégerait d'Hitler. Et même après avoir été enlevé de force chez lui, il ne se doute toujours pas du sort qui l'attend.

Cela est frappant dans ce film. Le téléspectateur sait dès le départ que tous les personnages qu'il voit ou presque vont mourir. Pourtant, aucun d'eux ne craint vraiment pour sa vie. Même entassés comme des animaux dans un endroit avec peu d'hygiène, ils ne pensent pas que leur calvaire va durer longtemps. Que ce n'est qu'un mauvais moment à passer et qu'ils sont de toute façon trop nombreux pour être exterminés.

Cette insouciance s'explique par le fait qu'à l'époque, très peu de personnes connaissent l'existence des chambres à gaz et des fours crématoires. Cela ne sera révélé au grand public qu'après la guerre. Tout le monde pense que les Juifs vont être placés dans des camps de travail en Allemagne. Cela pourrait s'avérer crédible en ce qui concerne les hommes. Mais dans ce cas, pourquoi avoir raflé aussi les femmes et les enfants ?

Des enfants, il y en a beaucoup. Ce sont eux les vrais héros du film. On pense notamment à l'intrépide Joseph Weismann (Hugo Leverdez), au brave Simon Zygler (Oliver Cywie) et au petit Noé Zygler (Mathieu Di Concetto). Ce dernier très jeune et attachant a la manie de venir parler avec tous les adultes sans crainte. Il incarne l'innocence de tous ses compagnons. Mais cela ne l'aidera guère.

Dans cette époque particulièrement difficile, les Français ne sont cependant pas tous des pourris. Annette Monod (Mélanie Laurent) est une infirmière protestante qui s'occupe des Juifs avec le docteur David Sheinbaum (Jean Reno), lui même Israélite. Très vite, elle épouse la cause de ses patients et va tout faire pour les sauver. Mais que peuvent les jérémiades d'une femme et quelques lettres écrites au préfet face à la volonté de l'Allemagne nazie ?

Après avoir d'abord été entreposés au Vel d'Hiv, les Juifs sont ensuite placés dans des camps quelques semaines. Là bas, la nourriture est affreuse et les logements insalubres. Pourtant, tout va être de plus en plus pire au fil du récit. Les parents vont être séparés de leurs enfants et embarqués en premier. Puis ce sera au tour de leurs progénitures. A quelques exceptions près, chaque prisonnier va trouver la mort et être réduit à un tas de cendres en Pologne. Ce n'est qu'une question de temps.

La rafle cherche avant tout à inspirer la pitié et à dénoncer ce drame auquel le gouvernement français de l'époque a joué un rôle majeur. Mais à mon sens, l’œuvre se veut trop manichéenne. On sait immédiatement qui sont les gentils et les méchants. Il aurait été plus intelligent d'installer des nuances et de créer d'avantage de liaisons entre les deux camps. De plus, Hitler a rarement été représenté de façon aussi diabolique. Certes, c'est un personnage historique détesté par des millions de gens mais ici, on dirait Satan en personne doublé d'un bouffon. Le jeu de Udo Schenk est franchement mauvais. Le Führer était un être bien plus complexe que ça.

Heureusement, les autres acteurs s'en sortent mieux. On a droit à une belle brochette de comédiens français. Célèbre pour ses spectacles comiques, Gad Elmaleh montre qu'il peut aussi évoluer dans des tragédies. Toutefois, il devient un peu effacé au fur et à mesure de l’œuvre, remplacé par Jean Reno plus charismatique.

Le film possède un rythme assez lent mais c'est voulu. Son but n'est pas de nous montrer des tonnes de péripéties mais plutôt de révéler en détail ce qui est arrivé à tous ces gens. Leur attente a été longue. Ils n'ont eu de cesse d'espérer que les choses changent. Et lorsque enfin ils ont pu quitter leur prison à ciel ouvert, ce fut pour un aller simple vers la mort. Cruel destin sans aucune issue.

Curieusement, les hommes et les femmes ne sont pas séparés dans le camp. Les enfants et les mères se lavent ensemble dans des salles communes, ce qui est étrange mais montre bien la promiscuité qui règne dans les lieux. Toutefois, on ne lorgne jamais vers le voyeurisme.

Parfois, lorsqu'un personnage filme la scène, on la voit avec la qualité d'image de l'époque. Cela est une très bonne idée qui nous transporte vraiment dans le passé. De temps en temps, on a même l'impression que des images d'archives se mélangent aux acteurs, surtout en ce qui concerne Hitler dans sa tanière du loup.

Attendu au tournant, La rafle est certes un bon film. Mais il est loin d'être le meilleur sur le sujet. Bien des œuvres sur le martyr des Juifs tels que La liste de Shindler le surpassent de loin. Il n'est pas assez dur. On n'accompagne pas les victimes jusqu'au bout. On ne les voit pas mourir en étouffant dans des chambres à gaz mais simplement partir en train. L'image manque de force et de poigne. De plus, il n'y a qu'une seule histoire et pas de petites intrigues autour pour dynamiser le tout. Le scénario s'avère donc léger, on lorgnerait presque vers le documentaire fiction. Dommage, il y avait matière à faire mieux en se montrant plus ambitieux.

Note : 6,5/10

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