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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

La Comtesse

La Comtesse

Au XVIeme siècle, la Hongrie était, comme bien d'autres pays des Balkans, attaquée par les Turcs qui formaient un véritable empire à l'époque. Pour la défendre, le roi s'en remettait surtout à un grand seigneur à qui il devait beaucoup, le comte Bathory. Ce film raconte l'histoire de la femme de ce dernier.

Nommée Erzébeth (Julie Delpy), cette dernière se montra pendant la première partie de sa vie comme une comtesse et une dame exemplaire, froide et autoritaire mais néanmoins appréciée de ses gens. Tout change à la mort de son mari. Elle hérite alors d'une immense fortune et devient l'une des plus puissantes femmes de l'Europe de l'Est.

Pourtant, ce n'est pas le pouvoir qui va lui faire tourner la tête mais l'amour. Enfin libérée du joug de son mari, elle s'abandonne dans une idylle aussi brève que passionnée avec un jeune noble prometteur appelé Istvan Thurzo (Daniel Brühl). Souffrant terriblement de la rupture, elle ne va plus cesser de partir à la recherche de ce sentiment si spécifique et, pour cela, retrouver la beauté de sa jeunesse. Persuadée que le sang des jeunes vierges est bon pour sa peau, elle va alors commencer les massacres.

Et bien, voilà un film qui traite d'un sujet intéressant. Erzébeth Bathory (1560-1614) fut surnommée la « comtesse sanglante » et la « comtesse Dracula ». Elle a même inspiré Bram Stoker pour son célèbre roman. Autrement dit, voilà un personnage phare, et qui plus est féminin, de l'histoire des Balkans.

Lorsque l'on réalise un film historique, il faut bien faire attention à la crédibilité. Les premières minutes sont souvent déterminantes pour cela. Et bien, force est de constater que Julie Delpy s'en sort très bien dans ce registre ci. On est véritablement transporté dans une Hongrie obscure menacée par l'empire ottoman. Les couleurs sont froides à l'image de la comtesse. Un peu étrange pour un film d'amour ? Mais il est vrai que l'on parle de tragédie.

Les acteurs principaux s'en sortent bien, surtout les hommes. Julie Delpy interprète une comtesse très contrastée. On ne la sent pas vraiment méchante mais plutôt perdue. Elle se pose d'ailleurs cette question à plusieurs reprises Est-ce un crime de vouloir rester jeune ? comme pour justifier ses actes. Elle est la première victime de ses abominations. Or, ce n'est pas là le portrait d'une femme aussi sanguinaire que son CV le dit. Il aurait sans doute mieux valu créer une vraie dame cruelle ou au moins folle avec des crises. Cette Erzebeth est trop nuancée pour qu'on la déteste ou qu'on l'aime.

Cela m'amène au second point négatif du film qui est également le majeur. La Comtesse ne transpire d'aucune passion. Tout est simplement suggéré, y compris les scènes sexuelles. L'œuvre a pourtant été réalisée en 2009 ! Devant une telle histoire amour, on aurait pu s'attendre à de furieuses étreintes et à des lettres enflammées. Le film est trop noir et mélancolique, à l'image du cœur d'Erzebeth.

Du coup, il donne une impression de longueur. Les décors sont bien souvent les mêmes d'un château à l'autre. On suit continuellement la comtesse avec ses dames de chambre pour mieux assister à sa déchéance bien décrite. Sa seule véritable amie est répudiée alors qu'elle constituait le dernier rempart à sa folie.

Dans de rares scènes, on voit les autres nobles comploter contre Erzébeth, autant pour s'approprier ses richesses que pour rendre la justice. On se doute bien que le roi (représenté comme un être bien faible comparé aux seigneurs) n'a pas grand chose à faire du sort de malheureuses paysannes, furent-elles quelques centaines à disparaitre. Toutefois, la comtesse va aller plus loin en osant enlever des femmes de haut rang, n'ayant plus de vierges sous la main.

Afin de prélever le maximum de sang, Erzébeth Bathory se dote d'une redoutable machine. On aurait pu regarder de belles scènes de tortures mais on ne verra rien ou presque. Julie Delpy réalise là un film bien trop tout public alors qu'elle avait le thème pour bien d'avantage. Dommage aussi pour l'amateur de gore.

Ceci dit, tout n'est pas à jeter dans La Comtesse. Son scénario manque certes d'action et de panache mais il montre une jolie fresque. Il est également bien cruel puisque c'est à cause de ses amants qu'Erzébeth est arrêtée. La pauvre femme aura décidément vu tout son monde s'écrouler en quelques années et réalisé d'énormes sacrifices sans pour autant obtenir ce qu'elle voulait. Condamnée à finir ses jours emmurée, son jugement est implacable.

La Comtesse est un film assez soigné avec de bons dialogues. Il a été bien reçu par la critique mais personnellement, j'espérais bien mieux. Je salue tout de même Julie Delpy pour avoir traité ce personnage méconnu, les films historiques sont tellement rares ! On devine bien que la réalisatrice est une femme. Si cela avait été un homme, l'œuvre aurait sans doute été bien différente mais peut-être moins profonde.

Note : 6/10

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