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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

Vasco Tome 1 : L'or et le fer

Vasco Tome 1 : L'or et le fer

On croit que le Moyen Age n'est remplit que de chevaliers, seigneurs, châteaux forts et batailles sanglantes. Qu'il laisse peu de place à la culture, aux arts, à l'invention et au commerce. Ces clichés ont la dent dure. Pourtant, Gilles Chaillet va nous démontrer le contraire en lançant une saga historique nommée Vasco en 1978.

Vasco Baglioni est un jeune italien d'une vingtaine d'années plutôt charmeur et affamé d'aventures. Tout comme son frère Lorenzo, il est le neveu du richissime Tolomeo Tolomeï. Ce dernier est un banquier lombard très puissant qui écrit l'histoire dans l'ombre depuis son palais à Sienne. Il connaît les grands hommes du monde, prête au plus offrant et amasse des fortunes colossales. De quoi rendre jaloux plus d'un noble.

Par un beau soir, un jeune homme nommé Cola Di Rienzo vient lui rendre visite afin de lui demander une grosse somme d'argent pour organiser une rébellion à Rome et renverser les Colonna. Or, cette grande famille dirigeante est justement déjà cliente de Tolomeï.

Dans cette Italie complètement morcelée en 1347, il est aisé de nouer et de rompre des alliances entre les différentes villes. D'emblée, le riche banquier doit faire un choix difficile. Si il trahit ses clients et prête de l'or à Di Rienzo, il peut permettre au pape résidant actuellement à Avignon de revenir au Vatican. Dans le cas contraire, les Colonna resteront les maîtres de Rome. Dès le début, on nous montre donc que ce sont les bourgeois qui détiennent le vrai pouvoir. L'argent est le nerf de la guerre dès l'époque médiévale.

Tolomeï joue clairement un rôle politique de premier ordre dans la péninsule italienne et on sent qu'il en a l'habitude. Acceptant la requête de Di Rienzo, il charge ses deux neveux de l'accompagner jusqu'à Rome avec un million de ducats cachés dans de faux chapiteaux creux officiellement destinés à une abbaye.

Le plan fonctionne mais un magistrat de Sienne est mit au courant de l'affaire et tente d'arrêter le chargement à l'aide de soldats. Si il n'y parvient pas, un sentiment de suspicion règne à présent dans le groupe. En effet, le notable n'a pu être mit au courant que par un traître de la maison Tolomeï. Reste à savoir lequel.

Dans un pays en proie à la peste, le convoi rencontre ensuite à Pérouse un groupe de dangereux lépreux et manque de peu d'y laisser sa peau. Vasco en profite pour rencontrer Francesca Colonna, la sœur de Pétrus Colonna le premier sénateur de Rome. Quand on voit la beauté et l'innocence de cette demoiselle, on se dit que cela va compliquer les choses. Mais en réalité, Francesca ne jouera qu'un rôle mineur dans l'épisode.

Par la suite, les trois amis sont découverts et la révolte échoue. Vasco sauve les apparences en faisant semblant d'assassiner Di Rienzo. Il apprend que le traître n'est autre que son frère. En effet, Lorenzo a préféré désobéir à son oncle et avertir les Colonna du danger qui planait sur eux. Dans un sens, on le comprend parfaitement. En agissant ainsi, il a décidé de privilégier de bons clients à sa famille plutôt qu'un inconnu et rester neutre en matière politique. Son point de vue se défend.

En revanche, Vasco a totalement épousé la cause du peuple romain. Un mois plus tard, il échafaude un nouveau plan sans son frère cette fois ci mais avec l'aide du comte Cecco Massimo. Trahit par l'un de ses proches conseillers, Pétrus Colonna ne peut plus rien faire d'autre que se rendre. Cola Di Rienzo réapparaît bel et bien vivant et est proclamé nouveau chef de Rome à titre provisoire en attendant l'arrivée du pape.

Et bien, de nombreuses choses se passent au cours de ce premier tome. La première partie est excellente. Elle prend bien le temps de définir les personnages et le contexte historique actuel. En revanche, les actions s'accélèrent de plus en plus dès le début de la rencontre avec les lépreux et finissent par devenir de moins en moins crédibles.

Le comble est atteint avec la deuxième rébellion réussie par Vasco. A l'aide d'un noble sortit de nulle part et dont on n'avait jamais parlé auparavant, le jeune lombard parvient en seulement 6 pages à déposer Pétrus Colonna. Son argent arrive à corrompre toute la garde et à régler tous les problèmes. La seule difficulté consiste à le transporter au bon endroit jusque dans la bonne poche. C'est trop facile. Que fait-on de l'honneur dans ce cas ?

Ce n'est pas le seul défaut scénaristique. On ne comprend guère comment le convoi a pu échapper aux soldats de Sienne alors qu'il se trouvait cerné dans une abbaye et uniquement protégé par le droit d'asile. Comment Di Rienzo a t-il pu faire pour simuler sa mort ? On sait qu'il était de mèche avec Vasco et on se doute qu'il a dû utiliser une poche de sang ou de peinture mais une petite explication technique n'aurait pas été superflue. Par ailleurs, rien n'est dit sur les relations qu'entretiennent Vasco et Lorenzo à la fin de l'album. On imagine les deux frères au moins un tantinet fâchés après leur différent.

Malgré tout, l'histoire reste intéressante, originale et bien documentée. De nombreux personnages ont réellement existé. Quand à Vasco, il s'impose déjà comme un gaillard solide apte à manier l'épée tout comme la langue à l'occasion.

En ce qui concerne le dessin, il faut avouer que les visages et les décors sont très réussis. Les jeux d'ombres sont également très travaillés. En revanche, on note parfois des erreurs de proportions. De plus, la colorisation est beaucoup trop axée sur des couleurs vives comme l'orange. Et en ce qui concerne la narration, elle manque un peu de fluidité à cause des bulles parfois trop longues et surtout des cases explicatives trop nombreuses.

Néanmoins, on ne peut trop blâmer l'auteur sur ce point car il agit avec le style belge de son époque. En lisant ce livre, on ressent clairement l'énorme influence de Jacques Martin. Cela est d'autant plus logique car les dessinateurs sont amis.

Vasco nous offre un premier tome convenable. Si on s'attendait à mieux, il faut bien admettre que Gilles Chaillet a réalisé du bon travail pour ses grands débuts en solitaire. Sa série nous montre un Moyen Age différent de celui que l'on connaît. Pour une fois, le héros n'est pas un chevalier mais un banquier. Il fallait oser quand on sait à quel point les hommes qui pratiquaient ce genre d'activité ont été méprisé pendant des siècles. Rien que pour ça, Vasco mérite que l'on suive ses aventures.

Note : 6,5/10

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