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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

Le singe de Buffon

Le singe de Buffon

« Le cheval est la plus noble conquête de l'homme. » Cette citation que vous connaissez peut-être nous vient de Buffon. Un siècle avant Darwin, cet illustre naturaliste s'est intéressé de très près aux animaux, au point d'écrire pas moins de 36 livres sur eux les détaillant de plus près dans sa série Histoire naturelle. Collectionneur avisé, il aimait posséder de nombreuses bêtes chez lui afin de les étudier de près. Nous allons nous intéresser tout particulièrement à l'une d'entre elle, son chimpanzé nommé Ficelle.

Notre récit commence en 1750 à Montbard en Bourgogne. Nous faisons la connaissance d'un jeune adolescent nommé Pierre. Fils unique d'un bucheron, ce jeune garçon passe son temps à éviter les corvées pour aller braconner dans les bois. En temps ordinaire, il s'amuse à capturer des oiseaux et des lièvres. Mais aujourd'hui, c'est un chimpanzé qui tombe dans ses filets.

Passé la stupéfaction d'une telle rencontre (à cette époque peu d'enfants du peuple connaissaient l'existence des animaux exotiques), Pierre s'attache vite à ce singe facétieux et farceur. A tel point que lorsqu'il le ramène à son propriétaire, le seigneur des lieux appelé Buffon, ce dernier devinant son talent avec les bêtes décide de l'engager en tant que responsable de sa ménagerie.

Pour Pierre, l'ascenseur social est fulgurant. Du jour au lendemain, le voilà dans la maison de l'un plus puissants nobles de France. Car Buffon n'est pas qu'un propriétaire terrien. C'est aussi et surtout un grand savant et écrivain responsable du Jardin du Roi qui figure parmi les plus grands penseurs du 18eme siècle, le siècle des Lumières.

Au contact de ce puits de savoir, Pierre s'instruit et gagne sa confiance. Mais il finit par apprendre que même son maître possède des ennemis. En effet, certaines de ses théories vont à l'encontre du dogme de l'Eglise. Et les membres du parti dévot sont près à tout pour l'empêcher de publier ses découvertes et garder le peuple dans l'obscurantisme.

Heureusement, Buffon a plus d'un tour dans son sac. Lorsqu'il apprend la mort de son juncko (ancien nom avec lequel on désignait le chimpanzé), il décide de porter son squelette à Paris afin de faire une brillante démonstration scientifique quelques jours plus tard. Il confie à Pierre la tâche d'emmener ses restes. Malheureusement, la route est longue jusqu'à la capitale et bien des personnes auraient intérêt à voler les restes de Ficelle avant qu'ils n'arrivent à bon port.

Ce roman est une agréable surprise. Les personnages sont certes classiques mais attachants. Pierre se montre espiègle et très débrouillard. Un brin sensible, il est prêt à tout pour servir les intérêts de son maître. Celui ci force le respect même si il n'est pas exempt de tout défaut. Sage et vénérable, il ne traite pas mal ces gens et agit presque comme un père de substitution pour le jeune garçon à qui il prodigue plusieurs leçons. On pourrait en dire autant de la servante Françoise. Vraie mère poule, elle prend soin de Pierre, même si cela signifie également le recadrer à quelques reprises.

Le côté historique est très bien retranscrit. On découvre plusieurs métiers qui aujourd'hui n'existent plus comme crocheteur (porteur de bagages) ou tire pot (porteur de toilettes publiques itinérantes). On apprend aussi que les espions de la police étaient auparavant appelées les mouches, que le déjeuner du midi se nommait diner (et le soir souper), que les bouchers sortaient dans les rues pour faire la fête le jour du carnaval juste avant le Carême... Tous ces détails permettent de nous immerger complètement dans le 18eme siècle.

Evidemment, l'accent est également appuyé sur les philosophes des Lumières. On croise beaucoup d'entre eux comme Daubenton, Diderot, D'Holbach... Si certains sont rivaux de Buffon avec leur Encyclopédie, tous sont protégés par Madame de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV qui faisait un peu office de reine à l'époque.

Mais ce n'est pas tout. De manière plus subtile, ce récit met en avant de nombreux éléments qui permettront à Darwin de déterminer sa célèbre théorie de l'évolution plus tard. C'est également un ode contre le racisme, même si à cette occasion il prête à Buffon une conception de l'humanité sans doute trop moderne pour son temps.

Le scénario se veut également plaisant. Suite à la disparition du squelette de Ficelle, Pierre doit mener une enquête à travers Paris en quelques jours seulement. C'est ainsi qu'il poursuit sa piste de grandes maisons en grandes maisons jusqu'à Versailles. Toutefois, il ne va pas jusqu'à parler au roi, ce qui est pour moi un plus. Louis XV reste invisible et la Pompadour presque aussi, ce qui ne les rend finalement que plus puissants et l'histoire plus crédible.

Attention, Le singe de Buffon comporte aussi quelques défauts. Son ton léger l'empêche d'avoir des tensions et de faire ressentir beaucoup d'émotions. A aucun moment, on ne craint pour la vie de Pierre en dépit de ses petites cascades. De plus, le garçon ne revoit jamais son père. Cette absence est dommage, ne serait-ce que pour le voir prendre sa revanche sur ce paternel qui le battait autrefois.

Passons à la narration. Curieusement, ce roman n'est pas le fruit d'une seule personne mais de deux auteures, Laure Bazire et Flore Talamon. C'est étonnant car on ne sent aucune différence de style lorsqu'on lit cette œuvre. Ses 173 pages se dévorent très vite et sont abordables pour tous, y compris les néophytes.

En résumé, même si ce n'est pas un chef d'oeuvre, ce roman parvient à se démarquer suffisamment. C'est un petit régal pour les passionnés d'histoire. A déguster sans modération.

Note : 7/10

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