Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

Divci Valka Tome 2

Divci Valka Tome 2

Capitale de la Bohême et cité principale des hussites, Prague est attaquée par les troupes de Sigismond venue de toute l'Europe. Mais alors que les habitants sont sur le point de capituler et d'abandonner leur foi, Jan Zizka intervient et défie l'armée de l'empereur.

A priori, on pense que c'est de la folie. Ses troupes taboristes ne contiennent que 2000 personnes, dont très peu de soldats professionnels. A contrario, Sigismond compte 100 000 hommes sous ses ordres, dont la moitié sont de valeureux chevaliers. Les rapports de force sont extrêmement inégaux sur tous les plans. Et pourtant, cette bataille va s'avérer légendaire.

Le jour venu, les catholiques attaquent les hussites sur la colline Vitkov. Ils découvrent alors un étrange spectacle. Au lieu de leur opposer une armée rangée, leurs ennemis ont formé de gigantesques cercles avec leurs chariots et se sont tous réunis à l'intérieur. Protégés par cette petite fortification, ils peuvent tirer sur leurs adversaires avec leurs pistala sans prendre beaucoup de risques.

Cette tactique appelée Wagenburg fait des ravages. Habitués à charger et à combattre à l'épée depuis des siècles, les chevaliers sont totalement dépassés. Fusillés (même si le fusil en tant que tel n'existe pas encore) et arrêtés dans leur course par ces chars renforcés, ils ne peuvent rien faire à l'exception d'un seul, Wilhelm von Schwartz.

Chef de l'ordre teutonique, ce chevalier noir ne sait pas trop qui est son père au juste. Contrairement à la plupart des gens qui l'entourent, c'est un homme bon qui répugne à violenter les femmes lors des batailles par exemple. On a là une personne profondément intègre qui mérite son statut de chevalier.

Et sur le champs de bataille, il excelle. Repérant une faille dans un cercle, il parvient à s'engouffrer à l'intérieur grace à un magnifique bond de son cheval. Dès lors, c'est la panique. Les hussites ne savent pas comment l'affronter et il est proche à lui seul de casser leur stratagème. Pour éviter cela, Zizka n'hésite pas à incendier ce cercle, condamnant à mort tous ceux qui s'y trouvent. La plupart d'entre eux sont d'ailleurs tellement embrigadés par lui qu'ils acceptent de mourir en martyr sans broncher.

Et Sarka dans tout ça ? Proche d'être brûlée vivante comme son amie Tania, elle est sauvée par Wilhelm. En effet, même si c'est une de ses ennemies, l'honneur de ce chevalier lui commande de toujours protéger les femmes et les enfants. Ramenée au camp des catholiques, elle est interrogée par Sigismond en personne, non sans avoir faillit être victime une nouvelle fois d'un viol collectif.

Parlons un peu plus de cet empereur à présent. Son portrait nous apparaît un peu plus nuancé que dans le premier volume. Ici, on apprend que Sigismond a pour but principal de réunifier toute la chrétienté pour mener un assaut commun contre l'empire ottoman. La guerre contre les hussites n'est pour lui qu'un prétexte pour rassembler les différentes forces de l'Europe avant de mener une croisade beaucoup plus importante.

Si on se positionne de son point de vue, c'est assez bien joué niveau politique. En ce début de 15eme siècle, l'empire byzantin est à bout de souffle et l'Europe se déchire avec la guerre de cent ans. Pendant ce temps, les Turcs ne cessent de progresser et finissent par représenter un danger bien réel pour tout le monde chrétien. Sigismond veut prévenir tout le monde de ce problème. C'est un fédérateur, voilà pourquoi il ne supporte pas l'existence de minorités religieuses chez lui. Bien entendu, sacrifier des milliers de civils pour sa cause ne lui fait ni chaud ni froid...

Sa femme aussi est intéressante. Reine de beauté, Barbara fait preuve d'une liberté sexuelle absolument effarante. Elle n'hésite pas à cocufier son mari avec ses soldats et même à s'en vanter. Toutefois, derrière sa lubricité se cache aussi une forte personnalité capable du meilleur comme du pire. Elle est le véritable second de son époux dans la gouvernance du Saint Empire Romain Germanique.

On pourrait croire que Divci Valka est un manga contre les religions. Mais en réalité, c'est une œuvre contre les guerres de religion, ce qui n'est évidemment pas pareil. A cette époque, les hommes ne peuvent que difficilement vivre en paix avec des gens partageant d'autres croyances. Ils se sentent donc obligés de se battre, même si pour certains c'est aussi un prétexte pour s'enrichir et satisfaire leurs pulsions.

On sent que Kouichi Ohnishi s'est vraiment beaucoup documenté sur cette période. Son travail d'historien est d'autant plus remarquable que les livres sur les hussites ne sont pas nombreux. L'auteur parvient à nous décrire par faitement la façon de penser des individus sans anachronisme, sauf pour Barbara trop ouvertement libérée. De plus, il nous démontre bien les évolutions techniques de la guerre. Le temps des chevaliers si impressionnants sur leurs destriers est sur le point de prendre fin au profit de celui des artilleurs.

Passons maintenant à l'aspect graphique. C'est là que le bas blesse. Malheureusement, le dessin s'avère trop inégal. De plus, la narration se révèle lourde. Beaucoup de pages sont surchargées avec peu de temps mort. On sent que des progrès pourraient être effectués sur la mise en scène. Espérons que cela s'amméliore car le scénario le mérite.

En deux tomes, Divci Valka a très bien su nous présenter le conflit hussite. A présent, on ne sait plus trop quoi penser. Par certains côtés, Zizka est un personnage détestable mais comme c'est lui qui a recueilli Sarka, on a tendance à le voir comme un héros. C'est très bien amené de la part de l'auteur. En fin de compte, il n'y a pas vraiment de gentils ni de méchants dans Divci Valka (hormis les violeurs évidemment) mais surtout des hommes qui s'affrontent pour des raisons religieuses qui les dépassent pour la plupart d'entre eux.

Note : 6,5/10

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article