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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

Les Enfants de la Terre Tome 1 : Le Clan de l'Ours des Cavernes

Les Enfants de la Terre Tome 1 : Le Clan de l'Ours des Cavernes

Les romans sur la Préhistoire sont rares. Bien que cette période soit de loin la plus longue de l'humanité, c'est aussi et surtout la plus méconnue. Sans l'écriture, difficile d'empiler les sources et de savoir chaque détail de la vie de nos ancêtres communs. D'ailleurs, ces hommes ne ressemblent pas forcément à ceux qui peuplent la Terre aujourd'hui. Plus que primitifs, ils appartiennent à une époque si lointaine que certains doutent même qu'elle ait jamais existé.

Et pourtant, en 1980, Jean M. Auel va se lancer dans un pari fou. Écrire une saga préhistorique intitulée Les Enfants de la Terre à l'époque des hommes de Neandertal et des premiers Homos Sapiens. L'auteure est alors une Américaine de quarante quatre ans. Mère de famille, elle délaisse son emploi de cadre supérieur dans une entreprise pour se consacrer entièrement à l'écriture. Autant dire qu'elle devait croire en son projet.

Nous traitons ici le premier tome, Le Clan de l'Ours des Cavernes. L'histoire se déroule sur une dizaine d'années. Il y a 35 000 ans, suite à un tremblement de terre, une fillette homo sapiens du nom d'Ayla se retrouve orpheline. Perdue dans une nature hostile, elle réussit miraculeusement à survivre quelques jours avant d'être recueillie par un groupe de Neandertals. Commence alors pour elle une toute nouvelle éducation. Elle doit tout oublier ce qu'elle sait de sa race car les deux espèces d'hommes sont bien différentes.

Étant donné que nous appartenons tous aujourd'hui à la race d'Ayla (appelée ici les Autres), il est facile pour le lecteur de se sentir proche d'elle. Nous découvrons en même temps qu'elle les Néandertals (appelés ici le Peuple du Clan). On assiste donc à un énorme choc physio-socioculturel tout au long des 537 pages du roman. Jugez plutôt. Les Neandertals communiquent par signe et n'émettent que rarement des sons tandis que les Homos Sapiens disposent d'un langage articulé. Ils ne savent pas nager contrairement à Ayla qui aime se baigner dès sa tendre enfance. Ils sont plus petits et incapables de pleurer. Et surtout, les deux races n'ont pas la même manière de penser ni de réfléchir. L'une est tournée vers le passé et l'autre l'avenir.

Toutes ces différences sont le fil conducteur du roman. Dans ce premier tome, on ne voit qu'Ayla comme homo sapiens. Toutes les personnes qui l'entourent sont des Neandertals. A elle seule, il n'y pas un seul être humain qu'elle n'intrigue ou n'inquiète pas. Sa morphologie la rend très laide aux yeux du clan. Ses dons, son intelligence et son espièglerie font qu'elle se trouve toujours en décalage par rapport à son entourage. Pourtant, elle fait tout pour s'intégrer et y arrive d'une certaine façon. Il faut dire qu'elle est pour cela beaucoup aidée par sa famille adoptive de haut rang, Iza la guérisseuse et Creb le sorcier mog-ur.

Ayla devient même guérisseuse à son tour, et donc très utile au clan. Certains pensent qu'elle est protégée des esprits et qu'elle porte chance à la tribu toute entière. Cependant, elle bravera plus d'une fois les traditions ancestrales. Une femme n'a pas le droit de chasser mais elle se servira d'une fronde pour devenir la « femme qui chasse ». Elle fera également tout pour faire accepter son bébé Durc, accusé de difformité.

Les Neandertals sont loin d'être les brutes épaisses que l'on pourrait croire au premier abord. La plupart des personnages sont même attachants et remplis de remarquables qualités humaines. Brun est un chef bon, juste et réfléchi. Creb est un vieillard infirme qui a pourtant réussit à se hisser au rang de Mog-ur, le plus puissant de tous les sorciers. Il se montre d'une grande sagesse et surtout d'une profonde tendresse envers Ayla qu'il considère comme sa fille. Quand à Iza, c'est une guérisseuse hors paire toujours serviable envers les autres et un exemple pour toutes les femmes du clan.

Seule ombre au tableau, Broud, le fils de la compagne de Brun. Appelé à devenir chef un jour, il va pendant tout le livre nourrir une haine intense envers Ayla. Il va tout faire pour s'en débarrasser en l'espace de dix ans à coups de poings, de viols, de corvées, d'humiliations... Il ira même jusqu'à lui enlever son enfant et à la condamner à une sorte d'exil définitif une fois devenu le chef à la fin de l'œuvre.

Ce qui est remarquable dans ce premier tome, c'est que Jean M. Auel a construit tout un monde oublié sans faire d'erreur. La faune et la flore sont parfaitement dépeintes même si il manque peut-être un peu d'animaux dans des terres aussi sauvages. On ne compte plus les nombreuses descriptions des remèdes des hommes préhistoriques qui sont pourtant efficaces. D'après Jean Philippe Rigaud, directeur du centre national de la préhistoire et auteur d'une préface au début du livre, ce roman est dénué d'invraisemblable ou d'anachronisme. Au contraire, c'est l'occasion d'apprendre beaucoup de choses tant l'auteure s'est documentée avec passion pendant des années (elle a même reprit des cours à l'université).

Jean M. Auel a battit une véritable société avec tout ce qui va avec. Ses mythes, ses traditions, ses croyances, ses règles, ses lois et ses manières de vivre. Par exemple, chaque néandertalien reçoit quelques jours ou semaines après sa naissance un totem animal personnel sensé le protéger. Plus l'animal est puissant, plus l'esprit de l'individu est grand normalement. Ayla a hérité du lion des cavernes, ce qui est invraisemblable pour une fille. C'est d'ailleurs grâce à son esprit qu'on expliquera plusieurs de ses prodiges.

Les hommes de ce livre paraissent parfois un peu trop moderne. Ils ne connaissent pas la guerre, n'ont pas d'esprit de conquête et s'entendent pour la plupart tous très bien. Le thème du mariage est déjà ancré même si les explications de la conception des enfants sont purement mythologiques. Les femmes sont au service des hommes. Malgré tout, le roman n'est pas machiste et se veut même féministe. Si il n'y avait pas Broud, on pourrait presque penser qu'Ayla est tombée dans une tribu de rêve.

Au niveau de l'action, si on ne s'ennuie pas, on ne peut pas dire que chaque page est trépidante. Jean M. Auel prend tout son temps pour expliquer chaque fait et geste du clan. On s'identifie très bien à certains personnages, y compris à Brun qui doit parfois accomplir des choix difficiles pour le bien de sa horde. On peut regretter qu'il n'y ait pas un peu plus d'affrontements contre des animaux ou bien de luttes opposant plusieurs hommes. Ceci dit, Ayla vit tout un lot de diverses péripéties et il est difficile d'anticiper à l'avance ce qu'elle va faire et quel va être son sort.

Le Clan de l'Ours des Cavernes inaugure très bien la saga Les Enfants de la Terre. Il a le mérite de se montrer original et révèle nos ancêtres sous un autre jour, peut-être beaucoup moins sauvage que l'on ne l'imagine. Le style de Jean M. Auel peut s'avérer pesant au début, surtout que la progression n'est pas rapide. Toutefois, ce roman en vaut la chandelle. Et il donne envie de lire le tome 2 afin de savoir ce qu'il advient d'Ayla, chassée par Broud dans une fin très ouverte.

Note : 8/10

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