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La caverne de Loupzaru

Un blog qui parle de BD, mangas, comics mais aussi romans, films et séries.

L'esclave

L'esclave

Le mot hippardion vous dit-il quelque chose ? Celui de camélopardalis alors ? Petit indice, ils signifient cheval panthère et chameau léopard. Nul besoin de demander trop de travail à votre imagination et d'inventer un monstre, cet animal existe bel et bien. Il désigne la girafe dans la langue maternelle de Donga au Soudan.

En 1824, Donga n'a que 10 ans environ lorsque des marchands d'esclaves la capturent en même temps que tous les jeunes de son village. Mais ce n'est déjà plus tout à fait une enfant. Alors qu'elle semble promise à une misérable vie d'esclave sexuelle, elle parvient à s'enfuir et trouve refuge auprès d'une caravane qui transporte un bien étrange convoi.

Il s'agit de deux girafons. Leur gardien Hassan accepte de prendre Donga sous son aile. Afin de passer inaperçu, la fillette coupe ses cheveux et se fait passer pour un garçon. Même si le stratagème ne fonctionne que moyennement, il lui permet de voyager en compagnie de ses deux dames au long cou.

Et des kilomètres à parcourir, il y en a ! En réalité, ces deux girafes ont été capturé sur ordre du souverain d'Egypte Mémeth Ali Pacha. Son but est de les offrir aux rois de France et d'Angleterre en tant que cadeaux diplomatiques pour s'assurer leur soutien lors de la guerre contre la Grèce. Précisons qu'à cette époque, les zoos n'existent pas et aucune girafe n'a encore foulé le sol de l'hexagone.

Ainsi donc, lorsque Donga et sa girafe pénètrent dans Marseille, elles font sensation. Evidemment, tous les yeux sont portés sur cet animal exotique mais les noirs sont également encore très rares en France et la beauté naissante de la jeune fille n'échappe à personne. Heureusement, celle ci n'a bientôt plus besoin de se travestir puisqu'elle fait la connaissance de Geoffroy Saint Hilaire.

Geoffroy Saint Hilaire est un grand naturaliste chargé de ramener la girafe baptisée Zarafa de Marseille jusqu'à Paris. Pour cela, il décide que le trajet se fera entièrement à pied. Le voyage long de 880 km et 41 jours est éprouvant mais à chaque ville traversée, c'est la fête. La France entière se passionne au passage de cet animal exotique. La Zarafamania va même aller jusqu'à influencer la mode à la cour du roi.

Donga n'est pas en reste. Prit de sympathie envers elle, Geoffroy Saint Hilaire très ouvert d'esprit lui apprend à lire et écrire le français ainsi que les bonnes manières. A noter qu'il n'est cependant pas son seul professeur. En effet au cours de son voyage, la Soudanaise rencontre le comte Baptiste de Saint Clair. Les deux jeunes gens tombent éperdument amoureux l'un de l'autre, à tel point que Baptiste décide de ramener Donga chez lui et envisage de l'épouser. Mais il reste un obstacle à franchir pour cette union, sa mère.

En effet, le racisme est évidemment très présent à cette époque et les noirs sont tous considérés comme des sauvages simplement destinés à servir les blancs. Au départ, Madame de Saint Clair refuse d'accepter une « négresse » dans sa famille. Il faudra des années de patience, la détermination de Baptiste et la présence d'un petit fils pour que la situation évolue enfin. Mais finalement, Donga atteint son but et devient une vraie femme noble ainsi qu'une écrivain. Quel chemin parcouru tant en kilomètres qu'en galons depuis sa capture.

Ecrit par Marie Larcher en 2018, L'esclave ne fait que 126 pages. C'est peu pour raconter une telle aventure. On part donc au plus pressé. La situation change sans cesse, on ne reste jamais au même endroit et les dialogues se font rares. C'est un peu dommage. Donga rencontre plusieurs personnalités telles que George Sand qui auraient mérité d'être plus approfondies.

Malgré ce manque de détail, le cadre historique est bien présenté. De nombreux sujets sont abordés, allant de la géopolitique de l'empire ottoman jusqu'à l'apport d'Antonin Carême au monde de la gastronomie. C'est très succin mais cela suffit à attiser la curiosité de certains lecteurs qui pourront si ils le désirent chercher de plus amples informations ailleurs.

La Zarafamania est bien retranscrite. C'est amusant de voir des gens comme Stendhal venir admirer la girafe alors que nous lecteurs, on la suit depuis le début. A noter que Charles X bénéficie d'une image très positive. En général, c'est l'un des souverains les moins appréciés de l'histoire de France à cause de son désir de retourner à l'absolutisme. Mais ici, aucune critique n'est faite à son égard et lui aussi se prend à apprécier Donga. Comme tout le monde d'ailleurs.

On touche le point faible de l'oeuvre. Donga est belle, séduisante, intelligente et perpétuellement avide d'instruction. C'est ainsi qu'en seulement 5 ans, elle passe de petite esclave illetrée à grande dame plus cultivée que ses homologues françaises, au point d'ouvrir un salon littéraire. C'est exagéré. De plus, elle ne possède aucun défaut. Difficile de rendre crédible une héroïne aussi parfaite.

Cette remarque se veut valable pour d'autres. L'esclave contient trop de bons sentiments. Donga ne se heurte pas assez au racisme des gens du 19eme siècle et les personnages sont tous manichéens. Les méchants sont présentés comme des brutes avides de sexe et d'argent et les gentils comme des individus trop propres pour être réels. Aucune nuance n'est apportée et leurs caractères ne sont pas assez approfondis, c'est dommage.

Un autre aspect est choquant. Donga subit un viol à l'age de 10 ans alors qu'elle n'est même pas encore nubile (aucune description n'est donnée précisons le). Peu après à environ 13 ans, elle se lie définitivement d'amour avec Baptise. Or celui ci en a 10 de plus. On ne comprend donc guère comment il a pu tomber amoureux d'elle à ce point.

Ce problème de précocité se perdure sans cesse. A la fin de l'oeuvre, Donga est une mère bien établie alors qu'elle n'a pourtant pas encore 18 ans. Certes les femmes faisaient tout plus vite à l'époque, mais là c'est abusé. Il aurait été plus judicieux d'avancer son age de 5 ans, autrement dit de la faire capturer à 15.

Enfin, Donga ne conserve pas grand chose de sa culture soudanaise. Certes, elle donne à son fils pour second nom Mambo (qui est celui de son père décédé) et publie ses mémoires. Malgré tout, elle adopte volontiers toute la culture française et passe même de l'islam au christianisme sans rechigner. Mais cette impression est peut être due à la rapidité du livre.

Divisé en 12 chapitres de longueurs égales, L'esclave est un petit roman sympathique facile à aborder et qui peut se lire d'une traite. Il aurait pu facilement faire le double de pages vu son potentiel. Bien qu'écrit au présent, le style de Marie Larcher est agréable et ce n'est pas tous les jours qu'une histoire sur la première girafe de France est publiée. Mais ne vous y trompez pas, c'est Donga la héroïne, pas Zarafa. Cette dernière est essentiellement le détonateur de sa destinée.

Note : 6/10

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